mardi 5 mars 2013

Troc, échanges, bons plans... « Il faut se débrouiller »

B ons plans, débrouille, système D, astuces, combines. Des termes qui font partie du vocabulaire anticrise et se déclinent au quotidien pour certains.
Depuis quatre ans, Annie Griffon et Chris Mulhebach mettent du Sel dans leur vie. « Le Sel (Système d’échanges locaux) repose sur l’entraide mutuelle. Pas d’argent entre les membres. Chacun apporte ses compétences, son savoir-faire, sa disponibilité et l’échange contre d’autres services. » Tu me donnes une leçon de djembé, je tonds ta pelouse. Je garde ton chien pendant les vacances, tu m’aides à retapisser le salon. Je t’apprends à cuisiner le bœuf bourguignon, tu m’inities à Internet.
« Chaque prestation est tarifée en grain de sel pour que l’échange soit vraiment équitable », ajoute Anne. « Le principe de base est le donnant-donnant. Pas question de faire du travail au noir. » Le Grain de sel de Belfort a déjà conquis une cinquantaine de personnes.
Le troc est la formule idéale pour consommer sans toucher au portefeuille. À l’automne et au printemps, il fait le bonheur des mains vertes. Dans le Territoire de Belfort, les bons plans ont commencé à fleurir au jardin il y a neuf ans. Auxelles-Haut a semé la première graine du troc de plantes. Elle a ensuite germé à Essert il y a quatre ans, puis à Offemont.
« Lorsque les plantes se plaisent au jardin, elles deviennent vite envahissantes », glisse Valérie, la quarantaine, « troqueuse » depuis cinq ans. « Au début, on échange des boutures avec les voisins et les amis, mais quand on a fait le tour… » Pas question de jeter. Les rejets, replants, bulbes ou rhizomes en trop sont offerts contre de nouvelles plantations. « À chaque troc, je repars avec des cageots plein de fleurs, arbustes, plants de légumes ou plantes vertes nouvelles sans pratiquement rien débourser. » La mine réjouie, elle montre son anthurium couvert de fleurs rouges. « En jardinerie, il est vendu au moins 30 €. C’est une super-affaire ! Et quand il aura grandi, je le dédoublerai pour en faire profiter quelqu’un d’autre. »
Si la crise incite au chacun pour soi, elle invite aussi à créer du lien social. Solidarité rime alors avec utilité, simplicité et économies partagées. Depuis plus de deux ans, Marie Bardot, une Belfortaine étudiante en médecine à Besançon, voyage en covoiturage. « Mon frère a testé la formule quand il faisait ses études à Nancy, car la liaison en train depuis Belfort est compliquée. »
À 20 ans, Marie ne voit que des avantages à la voiture partagée. « Si je prends le train pour Besançon, je dois payer 1,30 € pour le trajet en bus de chez moi jusqu’à la gare, 7 à 8 € pour un billet réduit depuis Belfort et un billet de bus à l’arrivée. Avec le covoiturage, on partage les frais et le parcours revient moitié moins cher, entre 4 et 6 €. La formule est à la fois avantageuse, conviviale puisqu’on ne voyage pas seul, et souple car le conducteur vient en général me chercher à domicile. »
Conquise, Marie utilise également le covoiturage pour se rendre à l’université. « Un étudiant qui suit les mêmes cours assure la navette entre le campus et la fac matin et soir pour 0,40 €. Moins cher que le bus et plus direct ! »
Pour se déplacer, la voiture c’est bien, mais le vélo c’est écolo et ça ne coûte rien. Sauf quand il faut remplacer la chaîne, changer une pédale ou démonter la fourche. Depuis avril 2011, à condition de mettre un peu les mains dans le cambouis, entretenir soi-même sa petite reine n’est plus un luxe. Philippe, Bernard et Michel, trois bénévoles passionnés du « Maillon solidaire » conseillent les cyclistes de tous âges. Y compris les filles. « Une jeune est venue l’autre jour, elle n’y connaissait rien. On l’a aidée à réparer son vélo tout en lui apprenant la technique. » L’atelier associatif possède tous les outils professionnels. Et même des pièces détachées à des prix tout petits : 4 € les deux garde-boue, 2 € la selle, 1 € la pédale, etc.
Prix mini aussi mais choix maxi dans les friperies. Les vêtements sont le produit éphémère par excellence. Dans le monde du vêtement d’occasion, une exception : « Fripe dingue », au centre-ville de Belfort. C’est ici que sont revendus les pulls, tee-shirts, pantalons, draps ou chaussures déposés dans les bennes du Relais. « Seulement un tiers des vêtements qui pourraient être récupérés sont collectés », regrette Katia Schöne, assistante administrative de l’association, dont le siège social est à Wittenheim (68). Soixante-dix pour cent des vêtements donnés sont en revanche recyclés. « Les habits en état sont revendus en boutique à 4,70 € ou 7,50 € en général. Le reste est envoyé au Burkina-Faso, à Madagascar, au Sénégal et en Inde. Ce qui est trop usé ou en mauvais état devient chiffons pour les professionnels. » Rien ne se perd, tout se transforme et se valorise. Les particuliers y trouvent leur compte et l’argent de la vente finance des emplois. « À Wittenheim, le Relais embauche 87 salariés en contrat d’insertion de quatre mois renouvelables jusqu’à vingt-quatre mois. » À Belfort, quatre salariées trient, étiquettent et mettent en rayon les 600 tonnes hebdomadaires de vêtements.
L’emploi, c’est ce qui motive les apprentis coiffeurs de demain. À Belfort, deux écoles les forment : l’« EMA Les Métiers de la beauté » et le CFA (centre de formation des apprentis) municipal. « Même si les têtes d’exercice comportent de vrais cheveux, les jeunes ont besoin de coiffer des modèles réels, notamment pour apprendre à se comporter avec la clientèle », résume Laurence Di-Méglio, prof de coiffure au CFA.
Denise, 68 ans, a compris qu’elle avait tout à gagner en prêtant sa chevelure pour la bonne cause. « Une coupe femme me revient environ 10 € quand il faut compter le triple en ville. Cette formule me permet de venir plus souvent et de m’offrir des techniques. Une coloration par exemple est facturée un peu plus de 16 €. Les retraites ne sont pas extensibles, il faut ruser pour s’en sortir ! »
EMA et CFA insistent : « Nous ne faisons pas concurrence aux coiffeurs, d’autant qu’ils emploient nos élèves en alternance. Les clients doivent aussi respecter certaines contraintes : les jeunes ne sont pas encore diplômés et le temps d’attente est plus important qu’en ville ; dans une école de formation, le professeur intervient régulièrement pour vérifier la coupe et corriger. » Ne vous faites pas de cheveux, vous ne risquez pas grand-chose à confier votre tignasse à ces futurs coiffeurs… Et dans chaque métier, il faut un début. Un peu d’indulgence, donc !
Avec ses copains, Gilbert a quant à lui pris l’habitude de se détendre au restaurant d’application du CFA de Belfort. L’addition est aussi savoureuse que les plats proposés : 9 € à 12 € selon les menus. « Ça permet de sortir sans trop dépenser et de découvrir une cuisine un peu différente. »
Pour les professeurs, comme Dominique Martz, « travailler avec de vrais clients est une réelle chance, mais le but d’un restaurant d’application reste la formation. Le service et les plats peuvent ne pas être parfaits et les clients doivent accepter que le jeune soit repris pendant le service. »
Si les centres d’apprentissage sont perçus comme une solution anticrise, leur vocation première reste la formation des professionnels de demain. « Nous facturons à prix coûtant uniquement pour rentrer dans nos frais, une école n’est pas là pour faire du bénéfice. » « Faire des économies était considéré hier comme de la mesquinerie. On nous traitait même de radin », conclut Valérie. « Aujourd’hui, tout augmente : le carburant, le gaz, l’électricité, les impôts… sauf le salaire ! Savoir dénicher les bons plans, c’est être malin et débrouillard… »

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2013/03/03/troc-echanges-bons-plans-il-faut-se-debrouiller

2 commentaires:

mariuss a dit…

Waou ! Ya à lire hein ?!
Bon mardi Francis !

La Ptite Créole a dit…

très intéressant
surtout quand il s'agit de protéger nos économies
belle fin de journée

bisous créoles