mardi 10 mai 2011

10 mai 1981 : on connaît les chansons !

C'est beau comme une victoire au Mondial, mais avec 48,24% des Français en moins : le soir du 10 mai 1981, des milliers d'électeurs de gauche convergent place de la République, à Paris, où un concert est improvisé pour célébrer la victoire de François Mitterrand, premier président socialiste de la Ve république. Téléphone, groupe à l'époque incontournable, et Jacques Higelin sont sur scène et fêtent la victoire en chantant, comme ça, sans qu'on leur ait demandé quoi que ce soit... L'ambiance est rock'n'roll. Les gens voient la vie en rose et ça leur donne envie de danser. Valéry Giscard d'Estaing est parti se coucher depuis longtemps. A moins qu'il n'ait ressorti son accordéon pour une veillée au coin du feu avec sa femme, Anne-Aymone.
C'est bien joli, ça fait une belle image pour la petite histoire, mais tout ça ne doit pas occulter la scène musicale de l'époque. Surtout que, s'il y a eu combat électoral entre la gauche et la droite, on a tendance à oublier que la baston s'est aussi déroulée sur les ondes à coup de tubes entre "froc moulant" en phase avec le "rock" de Solutré et "coincés", chantres du bal-musette façon VGE (avec son accordéon, donc). Voici le "Best of" des grognards de la bataille musicale de 1981. Attention, ceci est évidemment une sélection subjective. On n'est pas le TOP 50 non plus !


Numéro 1 : ça défroque à la télé !
En ce début de mai, c'est un jeune crooner fringant à lunettes jaunes fluo qui squatte le sommet du hit-parade : le regretté Alain Bashung (disparu en 2009). Ah, Bashung ! Eternel adolescent qui chante les vertus de l'érotisme et du jeu amoureux... A l'époque, c'est neuf et ça fait du bien à tout le monde. L'homme à la voix suave donne à tous l'envie de se faire des bisous, en déclamant des vers étranges qui évoquent, pêle-mêle, une "rouquine carmélite" excitante, un "dieu qui avait mis un kilt" et un feuilleton à l'eau de rose. C'est sexy, c'est eighties ! Pour une fois, les gens s'aiment ! C'est clair, Bashung drague la gauche avec son hymne libertaire. Les jeunes giscardiens se bouchent les oreilles et balancent des tomates. Oh Oh, Vertige de l'amour... de gauche !

Numéro 2 : Homme des Années 80
Pendant ce temps, la contre-offensive arrive, via l'Irlande, avec Michel Sardou, qui invite tout le monde à prendre l'air au bord des Lacs du Connemarra... Le gros nounours hirsute, déjà connu pour sa chanson pro-peine de mort (Je suis pour) et qui s'est aliéné une bonne partie de la presse de gauche, conte cette fois-ci la gloire de la vie naturelle. Si, si, vous savez ? Cette époque où chacun avait sa place : la femme à la maison et l'homme à la chasse. Evidemment, l'église catholique dans ses "églises en granit" y a une position essentielle. Un titre qui va rester dans les hauteurs des charts pendant trois semaines


Pour le coup, Anne-Aymone semble kiffer la vibe. Valéry aimerait l'accompagner mais l'accordéon passe mal avec la musique d'inspiration celte. A noter qu'outre les vertes contrées gaéliques, Michel s'intéresse aussi à la gent féminine, puisqu'il chante Etre une femme. Un texte qui tenterait de démontrer, que les femmes ont, je cite, "réussi l'amalgame de l'autorité et du charme". Bigre ! Bref, c'est du velu, c'est du lourd. On l'aura compris, les socialistes se servent d'un portrait de Michel Sardou pour jouer aux fléchettes.

Pour le coup, Anne-Aymone semble kiffer la vibe. Valéry aimerait l'accompagner mais l'accordéon passe mal avec la musique d'inspiration celte. A noter qu'outre les vertes contrées gaéliques, Michel s'intéresse aussi à la gent féminine, puisqu'il chante Etre une femme. Un texte qui tenterait de démontrer, que les femmes ont, je cite, "réussi l'amalgame de l'autorité et du charme". Bigre ! Bref, c'est du velu, c'est du lourd. On l'aura compris, les socialistes se servent d'un portrait de Michel Sardou pour jouer aux fléchettes.

Numéro 3 : Barbara, à gauche toute !
Vous préférez la poésie ? Barbara est là pour vous aider à soigner vos oreilles. Ou pas. Car l'icône célébrée par tout l'échiquier politique lors de sa disparition en 1997, avait à l'époque choisi son camp. A gauche toute !!! Eh ouais, désolé... Comme elle est vraiment contente, elle compose le 12 mai Regarde, une chanson qui fête la victoire de Mitterrand à la présidentielle : "Un homme, une rose à la main, a ouvert le chemin vers un autre demain". Si ça, c'est pas de l'admiration...





Numéro 4 : Prouve que tu existes !
On trouve, chez les filles, d'autres pasionarias. France Gall en fait partie. Mais, elle, son engagement, c'est Tout pour la Musique. Ici, pas d'idéaux politiques, on s'en fout, ça emmerde tout le monde. Non, non : France a décidé de se consacrer à l'art pour l'art. Du coup, sa chanson fait figure de trêve des confiseurs en pleine baston électorale : jeunes loups des beaux quartiers en mocassins à gland et sans-culottes de la Bastille en Kickers se retrouvent sur la piste de danse pour un jerk qui fait vibrer l'Hexagone. C'est connu, en France, après une bonne bagarre, tout finit en musique. Mais attention ! L'étincelle n'est jamais loin et ça peut péter à tout moment !


Numéro 5 : Paris brûle-t-il ?
La preuve, à l'autre bout de la salle de bal, Mireille Mathieu est en guerre. D'ailleurs, ça se voit, elle s'est confectionné un casque lourd avec ses cheveux. Et l'incarnation giscardienne de la Marianne de la République se démène pour rameuter les troupes autour de son candidat chéri : elle chante La Marseillaise au meeting de Valéry le 3 mai. Classe et efficace. Mais pas suffisant pour faire gagner son poulain. Le cas Mireille Mathieu est surprenant. Plus tard, en 1981, elle semble s'incliner dignement face à la victoire de Mitterrand avec son titre Bravo, tu as gagné et plus tard, elle ira même chanter avec les Chœurs de l'armée rouge. Cela dit, elle finira par nous refaire le coup de La Marseillaise pour Nicolas Sarkozy, en mai 2007, le soir de sa victoire. Transfuge, Mireille ? Les archives du KGB et de la CIA parleront un jour...


Evidemment, dans toute guerre, il y a des victimes. A commencer par les auditeurs qui se sont coltiné ces monuments de la culture fluo-kitsch des années 80. Mais au-delà, on déplore surtout une victime collatérale : Bob Marley, décédé au petit matin du 11 mai. C'est ce qu'on appelle un lendemain qui déchante... Qu'à cela ne tienne, Jack Lang saura mettre du baume au cœur des djeun's d'il y a 30 ans puisqu'un mois après, il invente la fête de la musique. Bravo Jacky !
http://lci.tf1.fr/politique/2011-04/10-mai-1981-on-connait-les-chansons-6442939.html

1 commentaire:

binicaise a dit…

Bonne journée bises Jacqueline